La fabrication de l'archet baroque

Bienvenue chez Bruno Sporcq, archetier spécialisé en archet baroque, à Saint Denis
(près de Mons, en Belgique).
Courriel : bruno.sporcq@swing.be

Bruno Sporcq dans son atelier à l'Abbaye de Saint Denis
bois d'amourette servant à la construction d'archets baroques Les bons archets modernes sont fabriqués en bois de pernambouc, que l'on trouve sur la côte atlantique du Brésil (International Pernambouc Conservation Initiative : IPCI).

Les archets baroques sont fabriqués principalement en bois d'amourette, qui vient de Guyane et du nord de la forêt amazonienne. Ce bois, plus lourd encore que le pernambouc, (presque 2 fois plus que le chêne !), est aussi très résistant et très "résiliant" (capacité de revenir très vite à sa forme initiale lorqu'on relâche la tension).
"Mise en planches" de 12 mm d'épaisseur coupées "sur quartier", c'est-à-dire de manière à avoir les cernes de croissance parallèles aux champs de la planche.
coupe de bois d'amourette "sur quartier" en vue de la fabrication d'archets baroques
la baguette d'un violon baroque est tracée sur une planche d'amourette au moyen d'un gabarit "Traçage" du contour de la baguette au moyen d'un gabarit :
si le bois est de bonne qualité (notamment sans fissures, ou fentes), 3 baguettes pourront être découpées à partir de cette planche.
"Détourage" (découpage) de la baguette
la baguette d'un archet baroque est découpée à la scie à ruban, après tracage au moyen d'un gabarit
la baguette d'un archet baroque est rabottée sur 4 faces après avoir été détourée "Rabottage" des 4 faces de la baguette, à l'œil pour commencer, en mesurant ensuite…
Opération délicate du "cambrage" de la baguette : il s'agit de la chauffer à sec jusqu'à la température qui permet de la plier.
manière de cambrer un archet baroque en la chauffant à sec
En refroidissant, la baguette gardera la forme que l'archetier lui a donnée.
voici la baguette de l'archet baroque cambrée
raclage de la baguette d'un archet baroque A l'aide d'un rabot racloir - spécialement construit ici par Bruno, comme beaucoup d'outils d'ailleurs qui n'existent pas dans le commerce - ...
"mise en forme" octogonale (avec 8 faces) de la baguette.
"Façonnage" de la tête de la baguette au couteau, finition à la lime et ensuite au papier de verre.
Les arêtes des 8 faces sont arrondies à l'aide de papiers de verre de plus en plus fins.

La baguette sera ensuite coupée à la longueur exacte désirée afin de pouvoir travailler le talon (côté opposé à la pointe).
Travail du talon : un trou de 3 mm de diamètre est fait à l'intérieur de la baguette, dans lequel pourra se mouvoir plus tard la vis servant à tendre la mèche de l'archet.

Vue ici de l'"épaulement": petite sculpture sur laquelle le bouton servant à tendre la mèche viendra s'emboîter parfaitement, garantissant ainsi la solidité de l'assemblage.
"Mortaise" : un trou dans lequel pourra se mouvoir d'avant en arrière l'écrou de la hausse.

L'ensemble vis et écrou permettra de tendre la mèche.
"Feuillure" dans la baguette : opération qui consiste à sculpter dans la baguette l'emplacement sur lequel viendra coulisser la hausse.
"Polissage" de la baguette, d'abord au papier de verre très fin (2000), ensuite au cuir (ici) et enfin à la pâte à polir.

Puis passage de la baguette à l'huile siccative.
"Mortaise" de la tête : confection du trou dans lequel viendra s'emboîter le bout de la mèche.
Travail de la hausse : vue sur 2 hausses différentes et sur le morceau de bois qui a servi à les fabriquer.

Dégrossie à la scie et aux rabots, la hausse est taillée au couteau, terminée aux racloirs, puis polie.
Autre opération délicate : après avoir mesuré l'exact milieu, verticalité… ,
on trace et on perce un trou (de 2,75 mm dans le bois et de 2,80 mm dans l'ivoire) dans lequel viendra se loger l'écrou
"limage" de l'écrou : mise à dimension de l'écrou à la lime
La coulisse est creusée au ciseau, terminée à la lime.

La gorge pour le passage du crin, sur la face opposée, se creuse elle-même au ciseau.
Après avoir fait un trou au forêt, la mortaise est terminée au ciseau.
Mise en place de l'écrou
Les boutons sont fabriqués:
  • en bois (d'ébène, d'amourette ou palissandre)
  • en argent
  • en ivoire de mammouth (le seul ivoire en commerce libre, car considéré comme minéral et non animal par le CITES)
Tournage du bouton :
"Mèchage", avec du crin de Mongolie (fin et très résistant): les crins sont soigneusement comptés, 5 par 5...
"Nœud" de la mèche avec du fil de lin : 5 à 6 tours très serrés

Le bout de la mèche est brûlé et enduit de colophane, encore brûlé ensuite, afin que tous les crins soient bien collés ensemble
"Taille" du taquet : petite pièce de bois d'alisier ou d'érable qui coincera la mèche, une à la tête, une autre à la hausse).
Mise en place du taquet :
à la pointe

et à la hausse

Contrôle de la rectitude du cambre de la baguette…
Dernière opération : après le mèchage (ou remèchage), correction du cambre.

Rem : une mèche perd son élasticité après un certain temps et usage : elle privilégie moins les sonorités graves, elle casse plus facilement à cause des acariens.